Le bâtiment est un secteur en plein bouleversement, et ce, pour plusieurs raisons. D’une part, par son manque accru de collaborateurs et, d’autre part, par la pénurie de matériaux engendrée par les dernières crises sanitaire et géopolitique.

Le bâtiment connaît une pénurie de main-d’œuvre historique

Après le secteur de la santé et de la restauration, le bâtiment est le nouveau secteur le plus touché par la pénurie de main-d’œuvre.

Pourtant, ce ne sont pas les chantiers qui manquent. Les chefs d’entreprise sont même submergés de demandes mais ils rencontrent également d’importantes difficultés de recrutement pour répondre à ces demandes. Les entreprises n’envisagent pas des projets à plus grande ampleur, ce qui est particulièrement problématique pour les TPE et PME qui ont sérieusement besoin de projets d’envergure. Marc PÉROLS fondateur du cabinet EXBA, expert en bâtiment et malfaçons, l’explique : « Les entreprises du BTP sont parfois obligées de refuser des chantiers en raison d’un manque de personnel, bien formé et donc opérationnel. C’est vraiment une situation difficile à vivre. Faire appel à des sous-traitants avec une main d’œuvre non qualifiée peut entraîner des malfaçons et des fissures. Si les règles de l’art ne sont pas respectées, les dossiers en expertise s’accumulent. Je constate une hausse des demandes depuis quelques mois ».

Pour pallier au manque de personnel et continuer d’assurer la réalisation des chantiers en temps et en heure, les entreprises n’ont d’autres choix qu’augmenter le volume horaire de leurs salariés. Certaines équipes travaillent ainsi 70 heures par semaine et parfois même le week-end.

Les bons employés sont donc précieux. Pour les conserver, les entreprises n’hésitent pas à augmenter les salaires et à adapter les heures de travail.

Plusieurs raisons expliquent l’absence de candidats :

  • Manque de reconnaissance du secteur ;
  • Manque d’accompagnement des banques pour les petites entreprises (frais importants pour recruter) ;
  • Population vieillissante (nombreux départs en retraite non remplacés) ;
  • Faible intérêt pour les métiers de la construction et du bâtiment (métier manuel, conditions de travail difficiles et pénibilité physique) ;
  • La pandémie a généré moins d’immigration pendant deux ans. Or, l’immigration représente une source importante de main-d’œuvre pour le secteur du bâtiment.

Les jeunes, un public à cibler pour pallier la pénurie de main-d’œuvre ?

Redynamiser le secteur du bâtiment et particulièrement le recrutement devient crucial pour garantir l’avenir des entreprises du secteur. Pour cela, il est important de cibler les jeunes car, bien que l’immigration soit une source importante de main-d’œuvre, il faut aussi miser sur la main-d’œuvre hexagonale.

Mais comment intéresser les jeunes au secteur du bâtiment ? Plusieurs solutions sont possibles et complémentaires.

Dans un premier temps, il serait pertinent que le gouvernement s’implique dans la reconnaissance du secteur du bâtiment comme il le fait pour d’autres secteurs, comme l’armée par exemple, à travers des spots TV et radio. Il faudrait également faire évoluer les mentalités en valorisant les filières professionnelles et l’apprentissage.

De même, les entreprises pourraient, si elles le peuvent, proposer d’autres avantages à leurs salariés et apprentis. Bien que les salaires aient déjà progressé pour atteindre presque le niveau du SMIC pour un apprenti aujourd’hui, d’autres avantages pour pallier les inconvénients du secteur pourraient être proposés. Par exemple, il pourrait être offert aux salariés des moments de détente pour atténuer les conditions de travail difficiles. Les employeurs pourraient aménager les horaires de travail en commençant et en finissant plus tôt lors des fortes chaleurs de l’été, ou encore en réduisant le nombre d’heures travaillées pendant les périodes difficiles comme l’hiver ou l’été et en augmentant celles-ci sur les périodes de mi-saison (automne et printemps).

La main-d’œuvre n’est pas la seule à manquer dans le secteur du bâtiment

Outre la pénurie de main-d’œuvre, le secteur doit aussi faire face à une pénurie de matériaux.

La pandémie de Covid-19 et la guerre en Ukraine ont engendré d’importants problèmes de fabrication et d’approvisionnement. Les entreprises doivent donc temporiser et faire face aux problématiques de transports, à la pénurie de marchandises et aux coûts en hausse.

Ces crises ont effectivement engendré non seulement des délais de livraison à rallonge mais aussi des hausses tarifaires pour la majorité des matériaux utilisés dans la construction. L’acier et la ferraille ont vu leur prix grimper de 35 à 45% entre janvier et mars 2022, le prix de la brique a progressé de 25% en mai et le cuivre a, quant à lui, pris 48%. Selon Christopher Guérin, directeur général, de Nexans, la pénurie de cuivre est d’ailleurs écrite. C’est le résultat d’une carence globale de planification stratégique. Pourtant, les besoins sont immenses : les pays matures font face au nécessaire renouvellement de leurs infrastructures électriques – génération et réseaux – et au grand basculement des énergies fossiles vers les renouvelables. Les pays émergents sont, au même moment, engagés dans une phase d’équipement très rapide. Les tensions vont s’accentuer, le prix ne risquent pas de baisser à moyen terme.

La difficulté pour les professionnels du bâtiment sera donc d’établir des devis puisqu’une fois le devis signé, il est difficile de faire marche arrière. Les entreprises n’auront d’autres choix que de rogner leur marge ou de réduire la validité de leurs devis. Dans certains secteurs, un devis est valable une journée, voire une heure. Au-delà, il doit être corrigé.

Cela n’empêche pas les abus, bien évidemment, notamment dans le bois. L’export a vidé le stock, ce qui fait que les prix ont été multipliés par 3 cette année sur certaines matières.

Selon certains experts, la situation devrait s’améliorer dans les prochains mois. Pour d’autres, la remontée des taux d’usure de la BCE risque de faire dérailler le secteur immobilier, ce qui aura des répercussions dans le BTP. À court, moyen et long terme, le secteur fait face à de véritables menaces qui ne vont pas s’apaiser si une boucle prix-salaire s’immisce dans l’inflation actuelle.